Vendre la Téléco : quelle urgence ?



La Téléco, anciennement fleuron des entreprises d’Etat haïtiennes et maintenant véritable peau de chagrin, est en vente. Le processus d’appel d’offres semble se préciser autour du fournisseur vietnamien Viettel qui propose 59 millions de dollars américain pour une éventuelle acquisition. Que penser d’une telle transaction ?
La compagnie Télécommunications d’Haïti (TELECO) est en apparente décrépitude et n’a pas été en bonne forme depuis au moins deux décennies. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation entre autres les nombreux détournements et vols des avoirs de l’entreprise (revenus et ressources) pour financer des activités politiques aussi bien que pour assouvir des intérêts personnels. Mais la "paupérisation" de l’entreprise s’est accentuée avec les embauches partisanes massives de personnels non-requis et non-qualifiés. En somme, la Téléco a été gangrénée par la corruption.
Il semblerait donc logique de se départir au plus vite de ce boulet désormais encombrant et lui donner une meilleure utilité, mais surtout ramener cette machine sur la voie de la rentabilité. Après tout, l’Etat n’est généralement pas réputé être un bon gestionnaire, du moins par rapport au privé dont le but fondamental est le profit.
Mais voilà, le problème se situe dans le contexte : Haïti. Un pays où l’Etat est une espèce en voie de disparition. Les institutions y sont soit embryonnaires ou atrophiées. La transaction y prend donc une tournure toute politique puisqu’elle ressemble plus à une manoeuvre néo-libérale visant l’atomisation de ce qui reste d’institutions étatiques dans le pays.
C’est là qu’on est en droit de se poser les questions : Pourquoi ? Et pourquoi maintenant ?
Pourquoi ? Parce que la transaction ne rapportera pas des tonnes. Pour un individu 60 millions de dollars peut sembler énorme mais pour un état avec un budget annuel de plus d’un demi-milliard de dollars, c’est tout de même dérisoire.
Quelle est l’urgence de vendre la Téléco surtout lorsqu’il y a déjà trois autres opérateurs qui comble le vide laissé par la société d’État et dont l’absence aurait pu justifier l’empressement de fournir un meilleur service à la communauté.
Dans l’état dans lequel se trouve la compagnie, on peut aussi se demander qu’est-ce qu’elle pourrait avoir de bien séduisant pour un éventuel acquéreur. Après tout l’équipement est probablement désuet et obsolète. Il doit donc s’agir d’autre chose.
Se pourrait-il que l’on soit en train de parler de droits, de monopoles et d’accès privilégiés à des canaux internationaux ? Ceci aurait de toute évidence beaucoup plus de valeur que de pauvres câbles de cuivre.
Si tel serait le cas, cette vente ressemblerait plus à une aubaine, voire un cadeau, pour l’acquéreur et ceux qui tireront leur commission obligatoire au passage.
De plus, la Téléco est, par la force des choses, plus qu’une simple entreprise, mais plutôt un des rares agents de l’Etat, un vague rappel aux citoyens en perte de repères qu’ils font encore partie d’un pays et non pas d’une corporation.
Et si, malgré ces considérations, la vente devait quand même avoir lieu, ne serait-il pas nécessaire de prendre le temps qu’il faut et obtenir l’aval de la population pour qu’elle sache qu’elle vend sciemment des actifs de valeur ?
Enfin, si votre voiture tombe en panne, la vendriez-vous (en tout ou en partie) pour la réparer ?
Harold Isaac

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